15 AOÛT 1944
Juste avant de débarquer dans le sud de la France, j’attrape un cuistot au passage sur le bateau et lui dit:
- "Quand on a débarqué aux Aléoutiennes, on a rien recu à manger sur le bateau - vous allez nous nourrir cette fois?"
Il ne répond pas…
Juste avant de débarquer, on nous sert un immense repas et il y a tellement de steaks qu'il nous sortent par les oreilles...
Ce meme cuistot vient vers moi, me sert un gros steak, puis men ressert un autre droit derriere et me dit :
- "Vas-y fils de pute, mange!"
Ile du Levant - 15 août 1944
On progresse dans le maquis lorsqu'un obus de mortier explose à mes pieds!
Les éclats partent de chaque côté fauchant 5 hommes sur ma gauche et 5 hommes sur ma droite!
Et moi... pas une égratignure... bien secoué mais même pas KO!
Si l'obus n'était pas arrivé a mes pieds, je serais mort...
J'entendais les copains dire: "Betts a eu son compte cette fois…"
Je sors du périmètre de l'explosion et un des gars hurle:
- "Oh Mon Dieu! Il y a un cadavre qui vient vers moi!"
Ils croyaient qu'on était tous morts dans l'explosion...
Quelqu'un crie:
- "J'ai besoin d'un volontaire pour aller ramener les blessés..."
Je réponds:
- "Je suis volontaire, Mack!"
J'en avais déjà assez de cette île de merde.
Ile du Levant - 15 août 1944
On progresse sur l’Ile du Levant et on arrive en face de bunkers allemands
qui ont un champ de tir de 360 degrés!
Ils pouvaient bouger ces putains de MG 42 dans tous les sens! Et très vite!
Tout était hydraulique et ils avaient même des périscopes!
Mon 3rd platoon a fait 5 ou 6 passages devant les bunkers et nous avons perdu 2 hommes.
Je commence a être fatigué et irrité par la situation car on avait toujours pas été relevés par notre 1st platoon.
Finalement j’explose devant un officier:
- "Ca serait peut-être le putain de moment que vous ameniez le 1st platoon par ici non?
Je commence a en avoir marre de cette merde!
On a tenté 16 passages devant ces putains de MG 42 la bas devant et on arrive à rien!"
J'étais vraiment énervé.
L'officier me répond:
- "Mais vous avez pas entendu?"
Je réponds:
- "Quoi???»
Il continue:
- "Le 1st platoon est venu vous relever, mais en arrivant sur vos arrières ils ont été anéanti par un tir de mortier!"
Voilà ce qui peut arriver…
Ca se passe juste derrière vous et vous vous en apercevez même pas...
C’est toujours comme ça, tu gueules pour un truc qui te tient particulierèment à cœur et soudain,
tu te rends compte que tous tes copains sont morts...
On a finalement pris ces bunkers de nuit... à la grenade...
Récit de Joe Dauphinais 1-2 - blessé à la Difensa - une balle dans le bras.
Après un bref séjour à l'hôpital, il réussit à se faire renvoyer en première ligne.
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A l'hôpital, ils avaient bourré mes plaies avec de la gaze qui ressortait à chaque extrémité de ma blessure.
Lorsque je reçois enfin la permission de retourner en ligne je dis à l'infirmière:
- "Hey, vous allez m'enlever ces putains de chiffons de mon bras?"
L'infirmière se met à rire:
- "Mais de quoi parlez vous ?"
Je réponds:
- "Je vous ai vu bourrer ce putain de trou de balle avec des chiffons!"
L'infirmière continue à rire et me dit:
- "Non, nous n'allons pas les enlever! Lorsque vos blessures cicatriseront, la gaze sera poussée naturellement hors de vos blessures."
Etant encore un gamin je ne comprenais rien à ces choses la...
Après avoir quitté l'hôpital, on m'envoie dans un putain de «Repple Depple» (argot de GI pour centre de remplacements).
Le nom était bien choisi, «Replacement Depot».
On attendait la jusqu'à ce qu’on vous verse dans une autre unité...
Et vous pouviez finir dans n’importe quelle autre unité!
Et moi je me trouvais la!
Un soldat de la Force! Avec tout cet entraînement!
Et voilà qu ils me font passer dans un centre de remplacements!
Système de merde…
Alors je me tiens dans une colonne et ce vieux sergent nous passe en revue et lorsqu'il voit mon patch de la Force il s'exclame:
- "Oh merde alors! - TOI tu ne restes pas dans la ligne!"
Des soldats mécontents commencent déjà à demander
- «Mais c’est qui celui la?»
Le sergent me présente devant toute la colonne et dit:
- "Yen a d’autres parmi vous qui veulent le suivre? Alors vous voulez savoir qui c’est hein?
La First Special Service Force! Rien a foutre! Donnez lui tout ce qu’il veut!"
Alors j’entre dans l’armurerie et un autre vieux sergent m’appelle et dit:
- «Une Thompson fiston ? Prends celle que tu veux!»
Je lui répond:
- "Non je ne veux pas de Tommygun, je veux un Garand!"
Il me regarde d'un air étonné et dit:
- "Comment ça tu ne veux pas une Thompson? Mais tout le monde veut une Thompson!"
Et je réponds:
"Non je veux un Garand! Le mien est hors d'usage!"
Toujours très étonné il dit:
- "Ok, va en choisir un!"
Il y avait un rack de fusils devant moi – je parle d’UN RACK énorme!
Il y avait des milliers de fusils! Alors je parcours ces putains de fusils et vu que j'avais
le droit de faire mon choix je finis par en trouver un qui me plaît - bien balancé et un bois lisse comme du verre!
Je me met en route pour les montagnes et lorsque notre médecin le Major Evashwick voit ma blessure il dit:
- "Avec des blessure non cicatrisées, ya pas moyen que je te renvoie en première ligne!"
Je réponds:
- "Cest hors de question que je redescende à pied a Santa Maria!"
Il réfléchit et finit par dire:
- "Ok alors on va te trouver un petit job!"
Il décroche le téléphone et dit:
- «Hey, j’ai un homme pour vous pour les convois de mules»
Alors je rejoins le premier convoi de mules en vue.
Il y avait entre 30 et 40 mules!
Alors me voilà frais de l’hôpital - après avoir marché une nuit entière pour rejoindre le front - en état de santé lamentable -
et je me dis que je ne vais quand même pas porter mon putain de paquetage de combat sur le dos...
Je vais laisser les mules le porter!
Je commence à me débarrasser de mon équipement et à le mettre sur une mule quand ce vieux civil italien me dit:
- "Non, non, non! Pas ma mule! Elle a les jambes malades! Regardez ses jambes!"
Je dis:
- "Je veux ce paquetage sur cette mule!"
Le civil reprend:
- "Non, non, non!"
Je prend mon Garand et le pointe vers lui et ce pauvre bougre a failli m'arracher mon putain de bras tellement
il se pressait pour m'aider à enlever mon équipement!
On se met en route et on grimpe le long d'une falaise lorsque deux ME-109 s'approchent et commencent à nous tirer dessus!
Les mules et les guides se mettent à courir dans tous les sens!
On a perdu une mule...une seule...
...
Vous voulez savoir laquelle?
...
La putain de mule qui portait mon paquetage!
Elle est passée tout droit en bas de la falaise! On aurait dit que le précipice faisait plusieurs centaines de mètres
et il m'a paru un éternité avant que j'entende un "plump" au fond.
Et la tout en bas il y a mon paquetage!
Et moi je remonte en ligne et je n'ai même pas de chaussettes de rechange!
C'est tellement bête que des choses comme ça arrivent.
Une fois en haut mes potes se foutaient de moi:
- "C'est bien fait pour toi salopard... pour avoir menacé de mort ce pauvre Italien!!!"
Les mules amenaient le ravitaillement à la Force en haut des montagnes et redescendaient avec les corps.. .
Croyez moi, c'était une sacré putain de punition de faire ça!
J'ai fais un seul aller-retour avec les mules et après j'ai préféré retourner en première ligne que de me faire tuer à
m'occuper de ces saletés de mules!
Walter Lewis avait été blessé en haut de la Difensa il a tenté de redesendre par ses propres moyens mais a du abandonner
a la moitié du parcours...
des brancardiers viennent le chercher...
"Les pauvres brancardiers essayaient de me porter en bas de la montagne. Les Allemands nous arrosaient de tirs de mortiers
alors ils devaient chaque fois me lacher sur la piste et se mettre à l'abri.
Ils ont du me lacher au moins 3 fois et à la troisième, l'explosion était tellement proche que le souffle
a déplacé mon brancard. C'est ici que j'ai perdu mon ouïe - ce qui a été un sacré problème pour le reste de ma vie.
Il aura fallu 2 jours pour me descendre de cette montagne.
Récit de Joe Dauphinais 1-2
Alpes Maritimes - automne 1944
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PART 1
Mon platoon occupait un pic a la frontière franco-italienne.
C’était une longue crête étendue et nous nous trouvions en son plus haut point.
Nous étions 28 hommes - 2 sections.
On commence a aménager nos positions sur le bord d’un plateau lorsqu’un des gars me dit:
- "Mais c’est quoi ton probleme? Je ne t’ai jamais vu aussi inquiet et je ne t’ai jamais vu prendre autant de
précautions auparavant, tu perds la tete?"
Je réponds :
- "Est-ce que tu connais la situation? Sur notre gauche se trouve le 2nd Bn 1st Regiment et sur notre droite
se trouve le 1st Bn 1st Regiment. Lorsqu’on m’a briefé pour cette mission, j’ai demandé combien de temps il
leur faudrait pour nous venir en aide si on en avait besoin et on ma répondu 3 heures…. Minimum!!"
J’ai réuni mes hommes et leur ai dit de ramasser toutes les armes et munitions allemandes qu’ils trouveraient,
en particulier les armes automatiques et les grenades a manche!
Après ça, on avait une putain de MG42 dans chacune de nos positions!
Nous avions deux lignes principales de défense… Notre ligne de défense initiale dans laquelle nous nous trouvions
ainsi qu’une autre ligne naturelle composée de rochers a une cinquantaine de mètres derrière nous.
Mon platoon était le seul la haut alors j’ai vraiment porté un soin particulier a l’organisation de nos positions.
Si les Allemands nous repoussaient a notre 2e ligne de défense, ils allaient devoir s'exposer!
Nous occupions à present les positions que ces putains d'Allemands avaient occupé pendant des années!
Nous les avions toujours attaqué depuis le bas des montagnes, et on avait beaucoup appris d'eux.
Cette fois ci c’est nous qui étions en haut et c’est eux qui attaquaient!
Un peu plus bas sur la colline se trouvait un poste d observation de l’US Army.
Je leur dit:
- "Vous feriez mieux de rester ici en haut avec nous!"
Leur officier répond :
- "Oh non pas de probleme, on occupe une cave la bas en bas. On sait ce qu’on fait."
Alors je leur répond:
- "Si vous allez la bas en bas, je ne suis pas responsable."
Le jeune officier demande :
- "Mais qu’est-ce que vous voulez dire?"
Alors je repond :
- "Vous, vous allez sur ce plateau la bas en bas, mais nous, pour rien au monde on ne lachera nos positions la haut -
on ne fait pas ca."
Il répond:
- «Mais je suis l’officier!»
Je réponds :
- "J’en ai rien a foutre de qui vous êtes, si vous voulez aller la en bas, allez y, mais si les allemands tentent une percée vous êtes foutus."
Il ne voulait pas m’ecouter… il savait mieux…
Le matin suivant je suis en train de cuire mon petit déjeuner lorsque leur poste d’observation appelle sur notre radio:
- «Des FFI montent dans notre direction!»
Puis ils nous rappellent :
- «Non ce ne sont pas des FFI mais des Allemands!"
A ce moment mon petit déjeuner venait de cuire et je commence juste a me sentir bien parce que je prends pas la peine de contrôler
ce qui se passe et de toute façon j'en ai rien a foutre de ces trous du cul…
Et soudain ça commence a tirer de partout .
C’est du sérieux...
Je regarde en bas et j’aperçois le jeune lieutenant - celui qui savait tout – et ses hommes, en train de sortir de leur abri les mains sur la tête.
Les allemands venaient juste de les capturer!
Après leur première attaque, on tenait encore bien nos positions mais on ne réalisait pas que les Allemands étaient en surnombre.
Alors on déçide de les attaquer!
On a perdu 3 hommes dans l’attaque.
Les Allemands tentent une deuxième percée et après 3 minutes de combat, toutes nos armes sont enraillées!
Les BAR, les Johnson, les Cal 30…toutes!
Ca devait venir de la mauvaise munition car nos armes étaient toujours propres !
Avant d’entreprendre quoi que ce soit on nettoyait toujours nos armes…
Que ce soit manger, dormir, se laver… on nettoyait toujours nos armes avant !
Personnellement je ne passais pas 5 minutes sans nettoyer la mienne!
Mais le problème venait de la munition en elle-même, cette munition fabriquée en masse pour l’effort de guerre
et qui était parfois de mauvaise qualité…
Alors c’est une putain de bonne chose qu’on avait stocké toutes les armes allemandes le soir d’avant autrement
je ne serai pas la pour vous raconter cette histoire!
Les boches ont bouffé leur propre plomb! Ils en ont bavé avec ces MG42...
C’était très intense.
On m’a avoué plus tard que le nombre d’Allemands qui nous attaquaient avoisinait les 250 et ils étaient
vraiment déterminés a nous reprendre ce bout de terrain! C'était le plus haut point de toute cette putain de crête
et sils avaient réussi a nous déloger, on aurait eu tout le mal du monde à le reprendre - et ca nous aurait coûté encore beaucoup de vies.
On a continué à se battre encore un moment jusqu’a ce que notre effectif soit réduit a 12 hommes.
Les Allemands continuaient a arriver par vagues!
C’était un engagement fantastique, on aurait dit la dernière bataille de Custer!
Il ne restait que 8 d’entre nous lorsque j’ai ordonné à mes gars de se retirer vers notre deuxième ligne de défense -
la rangée de rochers qui se trouvait à 50 mètres derrière nous.
Mes hommes sont à présent à l'abri, mais moi je suis toujours seul en haut du pic totalement exposé… mais je suis heureux…
Les tirs sont tellement intenses que j’essaie de marcher en oblique en faisant des mouvements de zig-zag mais les Allemands sont très proches!
J’essaie juste d être une cible la plus petite possible! Les balles labourent le sol à mes pieds et derrière mes talons! Et moi je me presse même pas…
Je marche…
Pourquoi courir au paradis quand on peut y marcher ???
Je sens les balles passer à travers mes putains d' équipements et mes vêtements!
Les chances de m’en sortir vivant paraissent très minces! Je ne sais pas comment je n’ai pas été touché !
Tout le monde me crie dessus pour que je sorte de là, mais moi je continue a marcher calmement en zig-zag!
Je ne sais pas comment je vais sortir vivante de la, mais je sais que si je panique, je suis mort.
De toute façon je viens de décider que je suis en train de vivre mes derniers instants sur terre.
Je le sais, je l’accepte... ca ne me dérange pas.
Je rejoins finalement mes hommes. Notre deuxième ligne de défense se trouve juste derrière le pic de la crête et offre un excellent champ de tir.
Tout se passe comme prévu.
Les allemands doivent à présent s'exposer pour nous tirer dessus.
Si Custer avait eu notre position, il serait toujours la !
On continue à tirer sur les Allemands pendant un moment mais ils s approchent de plus en plus!
A un moment, un de mes hommes place son fusil entre deux rochers et un allemand se trouve juste en face!
C'était a qui tirait la gachette le plus vite...
A 11h du matin les Allemands cessent leur attaque et se mettent a redescendre dans la vallée.
A ce moment précis, j'avais une MG42 entre les mains mais je n’avais plus de munitions!
Je me mets a sécuriser le périmètre et a m’occuper des blessés et pendant ce temps mes hommes continuent a tirer sur les Allemands
qui dévalent la pente qui est longues et raide.
On aurait dit que mes boys faisaient du tir au pigeon...
- "C’est moi qui l’ai eu!"
- " Non c'est moi!"
Ils commencent même à s'engueuler pour savoir qui a eu tel ou tel allemand - on aurait dit des garçons de ferme
en train de tirer sur des oies ou un truc comme ça!
Tout ce cirque a duré environ une demi-heure!
Je donne l'ordre à un de mes gars d'aller se poster en dessous de notre position et lui dit:
- "Si quelqu’un pointe son nez, tu tires !"
Quelques secondes après, je me retourne et vois ce même gars en train de pointer son fusil vers un de mes bons
potes, Bill Watson et je me dis: "Mais putain de merde, qu'est-ce qu'il fout?"
Et soudain "bang"... et Bill s’effondre…
Au début jai bien cru que c'était l’homme que j'avais envoyé en dessous de la position mais je me suis vite rendu
compte qu'il s'agissait d'un Allemand!
Sûrement un trainard qui avait decidé de se faire un ou deux américains avant de redescendre dans la vallée.
Heureusement la balle a simplement égratigné le crâne de Bill! Quant à l’Allemand, cela aura été sa dernière erreur…
les autres l'ont eu juste après.
Bill hurlait:
- "Vous avez laissé ce fils de pute me tirer dessus! Vous l'avez laissé faire!»
De toute façon je n'avais même plus de fusil!
Le truc est que l’Allemand visait en bas sur Bill et lorsque vous visez vers le bas, vous n'êtes pas précis...
et c'est ce qui a sauvé Bill.
Je retrouve mon fusil la où je l’avais laissé en début de matinée lorsque je préparais mon petit-déjeuner...
J'ai horriblement soif alors je prends ma gourde et elle est vide!
Je prends mon autre gourde et elle est aussi vide! Mes gourdes ont été percées par des balles!
Celà a du se passer quand j’étais a découvert au sommet de la crête en essayant d'inspirer et de motiver mes gars!
Il y avait eu beaucoup d'excitation ce matin là… même pour nous...
L’attaque avait débuté a 8h du matin et les Boches se sont retirés vers 11h, heure a laquelle nous avons
commencé a avoir un peu d assistance et de support d'artillerie….
On venait de se battre pour sauver nos peaux alors que la en bas ils faisaient la fête!
8 d’entre nous en sont sortis indemnes, moi y compris.
J’ai perdu 7 hommes et les autres sont blessés.
C’était un platoon tout frais, je venais de recevoir ces hommes 2 jours avant…
Et la après l'attaque j'éprouve un drôle de sentiment... Je ne sais pas comment on peut appeler ce sentiment,
mais je suis totalement extenué et je me sens abandonné et délaissé…
Ca doit venir du fait d’avoir été si tendu pendant si longtemps et soudain c'est la "descente" et une sorte de dépression s’installe.
Un profond sentiment d’avoir été laissé pour compte me parcours.
En tout cas c'est ce sentiment précis qui était en moi lorsqu’un de nos officiers supérieurs s’approche de moi
pour me questionner…
En venant vers moi à ce moment, cet officier s est mis en danger, il est passé très près de la mort sans le savoir...
Il arrive vers moi, les mains sur les hanches en me regardant de haut et dit :
- "Au début de l'attaque, pourquoi avez vous cessé de tirer après 3 minutes de combat?"
Je réponds :
- "Espèce d'abruti, va voir nos putains d’armes! Elles sont toutes enraillées ! Même les putains de cal 30 sont enraillées!
Je crois que cet officier n’a jamais su la chance qu’il a eu de pouvoir redescendre de cette montagne vivant.
Je n’ai jamais été aussi chaud envers quelqu’un ..
Ca venait tout de son attitude de "c’est moi le grand officier et tu as intérêt à me dire ce qui s'est passé ici…Sergent!"
Je voyais déjà rouge et je me répétais dans ma tête: "Espèce de fils de pute, tu aurais du être avec nous la haut pour voir!"
Mais bon c'est comme ça, je ferme ma gueule…mais ça me démange vraiment de sortir mon 45…
Après toutes ces épreuves, voilà cet enfoiré qui arrive avec son air supérieur alors naturellement ça me fait dresser les cheveux sur la tête.
C’est la premiere fois que j’ai été vraiment chaud envers un officier, mais je veux dire VRAIMENT CHAUD.
C’est sûr, on se plaint tout le temps des officiers et de leurs actes, on les traite de tous les noms etc…c’est normal…
mais la, pour la première fois, j’aurais vraiment pu faire une bêtise... Bref, quelque chose de pas de pas très officiel!
Et notre récompense pour tout ca ? Et bien on a reçu l'ordre de mener une parouille en bas de la montagne le soir même!
Apparemment mes supérieurs ne pensaient pas trop a mes intérêts personnels!
Ah oui, j’oubliais de rajouter que j avais recommandé Bill Watson pour une Silver Star pour cette action.
La citation pour Bill comportait exactement tout ce que j’avais fait moi-même ce matin.
Puisque je ne pouvais pas parler de moi même dans la citation, je voulais juste être sur que quelqu'un soit reconnu pour cette action
et qu'on s'en souvienne, alors j’ai dit que c’était Bill qui avait fait toute cette merde.
Après avoir lu mon rapport l’officier me dit:
- "Si ceci est la cas, pourquoi ne le recommandez-vous pas pour la Medal of Honor?"
Je réponds:
- "Ca c’est à vous de décider – moi je ne suis que sergent!"
J’en avais rien a foutre de ce qu’ils allaient lui coller sur la poitrine… la croix de guerre ou la médaille d'honneur... n'importe quoi...
Personnellement je pensais qu’ils auraient pu lui donner au minimum une Silver Star.
Puis tout s’est compliqué - il y a une controverse car Bill n'avait rien fait de tout ça et la citation a malheureusement été annulée...
EPIOGUE:
Après cette journée, tout ce que je voulais est que cet épisode soit reconnu officiellement et qu’on
s'en souvienne car on a perdu 8 hommes à la Difensa et on en a perdu 7 ce jour la….
Et tous étaient de mon platoon...
source Gilles (dogface 44)